Billie Holiday
A fleur de peau

Cette année marque le centième anniversaire de la chanteuse américaine Eleanora Fagan plus connue sous le nom de Billie Holyday, Lady Day. Née le 7 avril 1915, morte prématurément à l'âge de 44 ans le 17 juillet 1959, avec elle s'est éteint une des plus grandes artistes du Jazz vocal. J'aurais pu choisir de décrire le style de cette authentique Diva, sa technique, son don unique... Inspirée j'aurais pu magnifier l'essence de son oeuvre. Pétillante ou crépusculaire, irriguée par le Blues pour couler vers le Jazz, la voix de Billie Holyday nous transperce. Comme pour tout ce qui touche à l'art, ce qui bouleverse ou émeut s'exprime seul mieux qu'une lecture de mots. Inutile de décrypter cette émotion, l'écouter chanter suffit à ressentir ce trouble si particulier dans lequel elle nous jette. Blessée, trahie, trompée, manipulée, abandonnée ... de son temps plus souvent calomniée qu'adulée, traînée dans la boue plus que portée aux nues, sa vie est devenue un mythe. Sa voix vierge de tous les mensonges reste gravée à l'éternité. Billie Holyday a inventé la chanson de Jazz avec une sensibilité à nulle autre comparable, elle a inspiré des générations de musiciens. Aujourd'hui, date anniversaire de sa naissance, de nombreux hommages lui sont rendus. J'en ai choisi quelques-uns afin de mieux vous faire découvrir la chanteuse habitée et la femme écorchée qui, ensemble, cohabitaient, le Blues à fleur de peau.
© Billie Holiday, 1946 - William P. Gottlieb (Collection - Bowdoin College Museum of Art)



COMMÉMORATION AU APOLLO THEATER, HARLEM
Le temple de la musique afro-américaine, célébrera le 100e anniversaire de la chanteuse.
Le 6 avril, marquera le début des cérémonies qui verront, entre autre, briller le nom de Billie Holyday sous le chapiteau de la 125e. Sa plaque sur la Walk of Fame sera scellée aux côtés de ceux qui ont écrit la légende de cette salle de concert mythique dont, Ella Fitzgerald, Little Richard, James Brown, Quincy Jones, Aretha Franklin, Michael Jackson, Lionel Richie, Louis Armstrong... Une façon pour l'Apollo Theater de rendre hommage à celle qui s'y est produite de nombreuses fois. Celle qui a ouvert la voie à des générations d'artistes et dont le style a imprégné les musiques improvisées et chantées. Le 10 avril : Cassandra Wilson, représentante du Jazz au féminin, aura le privilège d'y présenter son nouvel album ''Coming Forth By Day'' sorti le 7 avril et dédié à Lady Day. ''Good Morning Heartache", "Strange Fruit''... renaîtront ce soir-là, un peu de Billie sans nul doute avec elles.


SA TESTAMENTAIRE DÉCHIRURE
Enregistré en 1958, Lady in Satin est le dernier album de Billie Holyday. Déjà affaiblie par les excès, seule et apeurée face à un orchestre quasi symphonique, sans en avoir choisi les chansons, sans la moindre répétition, avec pour seul soutien son fidèle pianiste Mal Waldron la chanteuse démontre une fois de plus son immense talent. Le génie de son intuition, son don exceptionnel pour l'improvisation. Sa seule voix suffit à transformer le kitch d'une musique d'ascenseur en un monument du Jazz vocal. A faire pâlir un Miles Davis c'est dire ! Cette réédition est enrichie de prises alternatives jusqu'ici gardées confidentielles. Elles rendent cette splendide version encore plus bouleversante. Un album qui déchire, âme sensible s'abstenir.
Lady in Satin: The Centennial Edition - 3 CD, Multipack - Sony Music - Sortie le 6 avril


SON PADAWAN DE MINEAPOLIS
Les chansons de Billie Holyday ont été la BO de son enfance mais José James était plutôt Rock and Rap, genre Nirvana, De La Soul et A Tribe Called Quest. Dans les tourments de son adolescence, il écoute la chanteuse et sa musique lui parle. Billie trace sa voie, il sera chanteur de Jazz. Avec "Yesterday I Had the Blues...", 9 chansons de Lady Day, le jeune crooner rend hommage à son mentor. Un album produit par Don Was sur le label Blue Note.
Yesterday I Had the Blues : the Music of Billie Holyday - José James - Blue Note


UN PORTRAIT AU CRAYON
Anciens de Charlie Mensuel, le duo argentin de la bande dessinée, Carlos Sampayo et José Munoz interprètent leur Billie Holyday. Le premier scénarise, redessine l'histoire ; le second laisse aller son crayon à dessein de nous la faire découvrir sous le trait d'un noir profond. Le pitch : Billie Holiday est devenue une chanteuse de jazz mythique. Parce qu’aujourd’hui encore sa voix réussit à toucher de nombreuses personnes, un journaliste part sur les traces de cette artiste pour le compte d’un quotidien new-yorkais. Au-delà des scandales publics qui ont entaché la vie de la star (alcool, drogue, violence…), il cherchera à restaurer la vérité, en investissant la mémoire de Billie. À la lueur de cette enquête, Muñoz et Sampayo retracent, sur fond de racisme et dans le sillage du Blues, la lente dérive d’une chanteuse qui exprima la fêlure la plus profonde du Jazz.
Billie Holyday, édition du centenaire - Carlos Sampayo et José Munoz - Casterman - Paru le 25 mars 2015


AINSI VENU SON DERNIER HIVER
C'est un journaliste rodé à l'investigation qui est parti sur les traces de la Diva, de Milan à Paris, lors de sa deuxième tournée en Europe "Lady in satin'' en 1958. Fan de Billie Holyday et de cette époque où, de l'autre côté de l'Atlantique, Miles Davis faisait du cinéma aux cotés de Louis Malle. Philippe Broussard ne peint pas une énième glauquisime biographie mais rapporte un véritable travail d'enquête basé sur de nombreux témoignages. Pathétique, Billie épuisée par les drogues et l'alcool qui ne trouve plus sa place sur les grandes scènes. Grandiose, Billie, qui renaîtra chaque soir de son dernier hiver dans un minuscule club des Champs Elysées... Un roman qui raconte presque la fin d'une histoire...
Vivre cent jours en un - Philippe Broussard - Éditions Stock - Paru le 11 mars 2015

Billie Holiday Philippe Broussard José James Cassandra Wilson Carlos Sampayo José Munoz
Citation

"... J’ai redécouvert Billie
durant une période difficile de mon adolescence...Son oeuvre était une maîtrise parfaite
de la peine, du traumatisme,
de la foi en la musique et le pouvoir de transformation...''


Frisson,
satin et gardénia

Je sens tes frissons. Tu portais des gardénias
dans tes cheveux. J'aimais à croire que leur parfum sucré te rassurait, reminescence de ton enfance, celui du jardin de ta grand-mère. D'autres, que je n'écoute pas, racontent que ces fleurs cachaient la brûlure d'un fer à lisser. Combien de brûlures cachais-tu et me caches-tu encore ? Celles faites à ton corps, celles faites à ton coeur, celles dissimulées sous tes gants de satin. Je sens tes frissons. Ton histoire est une plaie vive que rien ne soigne, ni ne guérit. Jeune femme fragile, toi plus jolie que les autres.

Toi, l'héroïne qui portait des fruits si lourds qu'ils ont tendu la corde qui te fit tomber. Je sens tes frissons. Je déteste chaque homme qui t'a touchée sans t'avoir apporté l'attention qui aurait tout changé. L'aurais-tu accepté s'il avait existé ? La ballade swingue et le Blues pleure dans ta voix, comme nulle autre avant, comme nulle aautre après. Je sens tes frissons. Vie trop vite usée. Personne n'a su te protéger et tu es partie seule, des fers aux poignets. Femme à fleur de peau, victime qui chante pour ne pas crier. Cent années ont passées depuis le jour où tu es née. Je sens tes frissons et je te réinvente comme le parfum du gardénia qu'aucun jardin ne verra plus pousser.

Copyright © Swingnews 2016 - Tous droits réservés.